maman cactus et autres histoires de yin
La secrétaire m’avait proposé dès le matin un rendez-vous pour l’après-midi.
- « 17h15, cela vous convient ?
- oui, très bien J »
Je trouvais un peu curieux qu’un médecin, spécialisé dans les médecines douces, homéopathie et acuponcture en particulier - et donc forcément assez recherché à Metz - puisse me voir aussi vite.
Je comprendrais plus tard en discutant avec lui.
Mais son patronyme me rassurait : Paradis. Un clin d’œil, d’autant plus révélateur… mais il faudra attendre pour comprendre encore quelques semaines…
Et son approche médicale, ajoutée aux symboliques du yin et du yang, en lien avec mon bébé lune à venir, ne pouvait que m’attirer.
J’avais découvert l’acuponcture lors de ma seconde grossesse, séances pour m’apaiser, et le terme dépassé pour inciter demoiselle Jalane à venir nous voir enfin.
A 17h15 précise je suis dans la salle d’attente au mobilier design, de ce petit hôtel particulier proche d’un grand hôpital de la ville.
Un garçon d’une dizaine d’années et sa maman m’accueillent d’un « bonjour », auquel je réponds.
Une cinquantenaire souriante vient alors à eux. Monsieur et madame officient dans le même cabinet, lui médecin, elle, orthophoniste.
Je vois passer et repasser dans le couloir, celui qui devrait s’occuper de moi. Il glisse une tête avenante dans la salle d’attente. Je lui souris.
- « vous aviez rendez-vous à quelle heure ?
- 17h15...
- je finis le travail avec un patient et je viens vous chercher.
- pas de problème. »
En effet, vers 17h45, docteur Paradis revient à moi et m’invite à entrer dans une pièce.
Haute de plafond, fraîchement peinte de blanc crème, donnant sur un petit jardin, des stores vénitiens, un grand lit médical au centre, une table dépouillée, autour de laquelle nous prenons
place.
- « bonjour, je vous écoute…
- je suis à 26 jours du terme, je dors très mal….. Ma sage-femme CL m’a conseillé de venir vous voir…
- il examine les papiers que je lui tends.
Long silence, le nez au vent…
Puis, il revient à moi, les yeux bien ancrés dans les miens, souriant toujours.
- bien bien, nous allons travailler alors ! Je vous laisse vous déshabiller tranquillement, vous allonger sur la table et vous couvrir.
Il me désigne du doigt, le lit central incliné couvert d’un épais drap de bain marine et sur lequel est plié une autre serviette de même couleur.
- prenez votre temps. Je reviens dans quelques instants. »
Je m’exécute, découvre progressivement l’univers qui m’entoure. Un piano droit en bois foncé, un petit lavabo, un tableau de bouda, un petit statuette du même sujet, un joli miroir, des lampes
fines sur pied en toile crème.
Je m’allonge, le matelas s’avère particulièrement confortable et l’éponge divinement douce.
Il revient. Tout en appliquant les aiguilles, il m’explique ses manipulations.
- « le bébé se nourrit du Yin de la maman, et en fin de grossesse, et surtout lors d’une troisième grossesse, il est normal, que la maman soit un peu vidée. Des enquêtes avaient révélé que les enfants nés dans la Sahel avaient à terme un poids proche de la moyenne, tandis que leurs mères étaient squelettiques. Le bébé se sert toujours en premier. Nous allons donc travailler ensemble et vous aider à reprendre un peu de force. Vous en aurez besoin pour l’accouchement et après.
Il sourit toujours. Apaisant. Son regard semble me scruter, mais c’est un regard de bienveillance.
- tout va bien ?
- oui, très bien.
- je vous laisse un petit instant. Voulez-vous que je baisse la lumière ?
- non, c’est bien ainsi.
- je vous laisse. »
Assez vite l’envie de fermer les yeux s’impose. Je me sens bien, relaxée. J’oublie les aiguilles, tout juste une douce sensation de chaleur.
Il reviendra 3 fois, me voir, sur une heure de séance, réajustant les aiguilles, s’assurant que je vais bien.
Je lui fais part de mon étonnement, lorsque j’ai obtenu si vite un rendez-vous. Il m’explique alors qu’il garde toujours des créneaux d’urgence. Une femme enceinte surtout à l’approche du terme,
est toujours une urgence. Le sourire ne quitte jamais son visage.
La séance est finie. Il ôte les fines aiguilles. Il semble satisfait.
- « prenez votre temps pour vous relever et vous habiller. Je reviens dans quelques minutes. »
Pendant toute la durée de la séance, il a partagé son temps entre moi et deux autres patients, allant d’une pièce à l’autre avec calme et sérénité.
Nous nous retrouvons autour du bureau. Nous faisons le point. Il s’assure que je me sens bien. Je lui fais part de mes sensations. Je dois, le joindre d’ici quelques jours pour aviser d’un
nouveau rendez-vous.
Je règle, tarif spécialiste.
Je me sens bien, sereine… mais la nuit prochaine - contrecoup - je vais encore moins dormir que d’habitude, souffrir de fortes bouffées de chaleur, la quiétude reviendra au bout de 48 heures.