en-chère passion
Il avait des étoiles dans les yeux mon chéri d’amour en rentrant ce soir à la maison. Une autre que moi aurait peut-être redoutée une infidélité, un après-midi torride à s’enivrer du parfum d’une belle. Mais, moi, confiante - naïve ? - j’ai tout de suite compris le pourquoi. Un autre frisson l’avait envahi, en un lieu essentiellement fréquenté par des hommes. Les mots brûlaient ses lèvres. Ils s’enchaînaient sans limite en un flot continu et roulaient dans sa bouche comme des vagues. Je le regardais, heureuse, de le voir heureux. J’avais envie d’endiguer sa logorrhée d’un baiser, mais je voulais entendre encore sa voix et son excitation. Je me souviens qu’il avait cette même passion la première fois où nous nous étions rencontrés.
Je me noyais dans tant de mots, seuls émergeaient certains, que je retenais : une centaine d’acheteurs, renchéri, vente, salle, adjugé… et enfin, dans un sourire radieux, il dit « vendu ».
Mais je sentais bien que ce n’était pas tant l’acte d’achat, le sentiment d’avoir rempli sa mission et fait une bonne affaire qui le rendait ainsi volubile et joyeux.
Non, c’était d’avoir connu les frissons de la vente elle-même, d’avoir entendu le marteau tomber, avec son cœur qui battait la chamade. Je savais que cette salle de vente aux domaines, lui rappelait d’autres ventes, plus nobles peut-être de tableaux et de beaux mobiliers.
Mais ce soir, les objets passés de main en main n’avaient que peu d’importance, c’est l’enchère qu’il avait aimé. Aurais-je du être jalouse de cette inconnue que je lui avais laissé toucher et avec laquelle il m’avait fait l’infidélité d’un après-midi ?
Le chèque de caution est déposé, nous reste à obtenir le chèque de banque, l’affaire sera faite alors, et la belle familiale gris clair sera à nous !
Je lui ai susurré à l’oreille, qu’il faudrait baptiser cette belle grande voiture confortable…