super héros "met" in new-york*
Il est planté, là, devant cette masse qui doit faire deux têtes de plus que lui au moins.
L’autre est tout de noir vêtu, survêtement aux trois bandes, capuchonné mode des banlieues.
Lui, semble sorti d’une bande dessinée des années 50, collant noir, justaucorps bleu électrique, cagoule bleu-blanc-rouge, gants de cuir noir, idem pour les baskets et surtout un cape vermillon qui semble vouloir s’envoler au premier souffle.
Le colosse noir, sûr de lui, s’approche dangereusement du super héros de pacotille.
« T’es flic ? Si t’es pas flic attention à toi, j’vais te péter la gueule. Alors t’es flic ? Montr’ta plaque… »
Le lilliputien à cape rouge n’a peut-être pas le sens du ridicule, mais lui reste l’instinct de survie.
Il se retire, tête basse, le grand black toujours menaçant. Fin de l’épisode. David n’a pas battu Goliath mais il a un portable et vient de composer le numéro de la police locale. Elle viendra faire une ronde, peut-être saura-t-elle saisir l’opportunité d’un contrôle d’identité pour mettre sous les verrous, quelques heures au moins, le dealer de ce soir.
Scène de la vie ordinaire dans la cité de demain ? Peut-être ! En attendant, ils sont plus de 300 à jouer les super héros dans les rues de grandes villes américaines.
Certains font des collectes pour les SDF et apportent un peu de chaleur et de réconfort au plus froid de l’hiver, d’autres sillonnent les rues, la nuit venue, à la recherche de malfrats et vendeurs de drogues, pour tenter de les dissuader à défaut de les arrêter.
Doit-on se féliciter qu’une volonté citoyenne touche ainsi certains d’entre nous, même si ces bénévoles - à l’anonymat finalement très relatif - ont besoin de tenues improbables de supers héros pour faire le bien ?
Il faudrait donc croire à les voir, que la bonne action ne suffit plus.
Faut-il surtout qu’elle marque les esprits, qu’elle soit médiatique !
Coluche n’avait-il pas un nez rouge ?
Les scouts - qui connaissent un regain d’adhésion - portent toujours un uniforme communautaire.
Alors pourquoi pas un collant, une cape et un « S » plaqué sur le torse ? Si ces attribues peuvent contribuer au bien des plus faibles ?
En tous les cas, ils créent le « buzz », à la télévision comme sur le net. Leur discours simpliste est pourtant généreux. Leur ras le bol de la souffrance et des injustices sociales semble sincère.
Alors si la planète Titanic sombre, trop de laissés pour compte, trop de pollution, il faut bien peut-être une poignée de héros, même ridicules, même sans batmobile ou bras bionique, pour qu’à défaut de changer le monde, ils nous redonnent un peu d’espoir… et le sourire au lèvres.
PS. *Le MET de NY consacrait une super expo aux super héros en 2008...