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10 Jun

sandwich de tomates confites

Publié par tribudefilles  - Catégories :  #mot du jour

Noir, prune, beige, blanc… un peu de rose, des filets d’argent, un visuel trop écarlate… Je ne sais pas

ce que je fais là. Une légère nausée. Le parfum de la femme en noir ? Le sandwich tomates confites du

déjeuner ? Pas enceinte. On a dit « stop » à trois. Les pantalons, les jupes, du court, du long, du trop

court, du large, du très étroit… pour tout les goûts, sauf les miens. Une journée de récup pour prendre

du temps pour moi, pour rajouter à ma garde robe monochrome un jeans, un petit haut d’été. Rien. Et

ces femmes en robes légères, que je ne porterai jamais. La nausée. Consommer, dépenser. L’utilité ? Je

n’aurais pas du venir, mais j’y suis, je persiste. Une minute dans l’un, quelques secondes dans le

suivant, le troisième dont je frôle la vitrine sans m’arrêter, le quatrième pas d’avantage. Me concentrer

sur les magasins que je connais. Ne pas dire bonjour. Être transparente. Mais personne aujourd’hui dans

les boutiques. Alors les vendeuses ne me ratent pas.

« On peut vous aider ? - non merci - vous cherchez quelle taille ? - rien, merci - vous n’avez pas trouvé

ce que vous vouliez ? - non, merci ».

Je reste polie, mais les mots bloquent dans ma gorge. Je m’en veux de leur répondre sèchement, mais je

n’ai rien à dire, rien à faire là.

Mexx. Ce pantalon de toile sombre peut-être ? Vite une cabine. Essayage.

20 secondes chrono à peine, juste le temps d’enlever ma seconde peau, d’enfiler le petit nouveau, rectoverso

devant le miroir. Je prends. La caisse presto, carte bleue, ticket, sac, je file. Ouf, un achat et mon

coeur est encore en place. Mes mains tremblent. Je ne tiendrai pas le choc d’un autre essai. Des baskets,

des couleurs vives peut-être pour me sauver. D’un bon, le magasin d’en face. Enfilade, regard rapide et

assuré, pas ma taille, pas ma couleur, pas la bonne forme. Pas le jour. Pas l’envie. Rentrer.

Et je les regarde, moi tête dans les épaules, elles sont en solo, en duo, les mains embarrassées de

paquets, heureuses d’être là. L’achat plaisir, fusionnel, orgasmique et moi, frigide devant ses montagnes

informes, le corps bloqué, les jambes chancelantes.

SORTIE, la flèche, la suivre, je vois les baies vitrées, j’accélère, les yeux fixés sur l’ultime objectif,

souffle court, vite l’air du dehors, l’espace, la voiture, la maison, me claquemurer dans un univers

intime. Elles s’ouvrent, j’y suis. Non ! Une voix gronde. Un grand baraqué vient vers moi.

« Vous pouvez ouvrir vos sacs madame ? ».

Blanche, écarlate, verte… mon pied droit part tout seul, le bas ventre, flanc opposé, il esquive, un autre

coup sur la rotule, la montagne s’effondre, mes sacs à terre. Le pantalon m’allait bien pourtant.

Éruption de tomates confites sur le costume sombre qui tente de se relever. Une sirène hystérique

résonne dans ma tête. Les baises vitrées vont se refermer à jamais. Je glisse sur le sol, récupère mes

sacs, file vers les portes. Trop tard. Je fonce tête baissée. Comme des éclats de diamants par milliers.

Une douleur sourde. Rouge. Noir, noir, noir, noir…

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