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06 Jun

nourritures terrestres

Publié par tribudefilles  - Catégories :  #mot du jour

J’ai mal dormi, la chaleur probablement et la tension de ces derniers jours.

Il faisait frais encore dans la cuisine quand je suis descendue. J’avais en tête une surprise gourmande, de jolis et chauds petits croissants pour la tribu.

Bientôt, des pas sautés se sont faits entendre au dessus de ma tête.

Un baiser sur le front de l’une, la main maternelle qui passe sur les cheveux blonds. Le soleil entre déjà par la large fenêtre, une caresse sur la tête brune ondulée.

Elles parlent haut, dessinent des étoiles filantes, des croix de Jésus, des chemins qui ne finissent pas.

La petite dernière m’attend. Les jambes dodues gigotes déjà et espérant être libérées. Elle tend les bras vers moi en disant « maman » et la tête dodeline de bas en haut. Je lui dis « tétée », son visage s’éclaire, un rire au bord des lèvres.

Et nous partons ensemble dans le lit tiède où s’éveille l‘homme.

Le rituel est connu, invariable depuis plus de 19 mois et pourtant, un nouveau bonheur de tendresse, de gourmandise et de complicité à chaque fois.

Je compte les mois, les années, plus de 3 ans qu’un bébé se nourrit de moi, ainsi matin et soir, midi et goûter. La petite dernière fait les prolongations par envie, parce que je lui laisse ce temps de plus, parce que je me connais mieux, parce que je sais qu’après elle, mes seins de maman resteront vides.

Quand j’avoue cette réalité - souvent parce que les gens s’étonnent de mon refus d’alcool - la première remarque est invariablement « encore ! ». Qui a dit que l’allaitement devait s’arrêter à une date précise, à un mois clé de la relation maman-bébé ? L’OMS conseille l’allaitement jusqu’à 6 mois, sous la pression dit-on de lobbies conservateurs américains. Je ne cède à personne. Je n’écoute personne. Si ce n’est elle, moi.

J’ai du la laisser, trop souvent, pour partir. Elle a attendu mon retour, appelant « maman » de sa voix aiguë, à peine les pieds posés au sol. Elle me cherchait m’a-t-il dit. Et quand je rentre, je vois les étoiles dans ses yeux, sa tête qui se cale dans mon épaule, et cette petite moue comme un code entre nous.  Je lui dis alors le mot magique, qu’elle prononce aussi maintenant et nous sommes ensemble le temps qu’elle souhaite, gourmande, câline, joueuse, espiègle. Elle n’aime pas que je parle. Elle pose une main sur mes lèvres et sans lâcher le sein, me regarde du coin de l’œil.

Elle n’est qu’à moi en ces instants. Elle revient autant qu’elle veut, par faim, par soif, pour sécher les larmes, pour calmer les angoisses… juste pour le plaisir.

Puis je la regarde filer, une perle de lait parfois au coin de la lèvre, elle rejoint ses sœurs, son père, un jeu… je la laisse me quitter. Elle reviendra, à son envie. Et un jour, les nourritures qui nous unissent ne seront qu’affectives.

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