mère porteuse ou le droit à l'enfant
Le débat est à peine lancé, que nous frôlons déjà la guerre civile. Les mots fusent, comme récemment sur Inter, qui invitait Sylviane Agasinski, philosophe et auteur de "Corps en miettes"
(éditions Flammarion) et François Oliviennes, gynécologue et spécialiste de la PMA (procréation médicalement assistée).
Mère de substitution, mère porteuse... quelque soit le terme, il reflète bien mal, tout l'amour qui existe dans l'acte de porter, puis de donner la vie.
Peut-on demander à une femme de vendre une grossesse, un accouchement ?
Et à quel prix ?
Pacte avec le diable, vente d'âme ?
Le don d'ovocyte comme celui de sperme sont des actes anonymes et gratuits.
Porter un bébé, au profit d'une autre, ne peut rester sous silence et sans contre partie.
Les contradicteurs se renvoient le sujet, les uns mettant en avant le vide juridique, les autres osent le mot "prostitution", certains imaginent un bébé porté par la soeur par amour filial, et de
crier à l'inceste.
Le sujet est loin d'être simple, et on ne peut être à la fois d'un camp ou de l'autre. Il faut nécessairement prendre position et la défendre.
Quitte à passer pour une horrible féministe, je ne crois pas que les "hommes" - comprendre les "males" - soient les mieux placés pour aborder le sujet de la "mère porteuse". Justement
parce que, quelque soit l'importance de leur implication dans la grossesse d'une femme, de la leur, ils ne peuvent ressentir de l'intérieur, dans leur corps et leur âme, la vie. Ce sont pourtant
eux, avec leur écrasante majorité, qui auront le dernier mot si une loi était proposée à l'Assemblée nationale et au Sénat.
On voudrait nous faire croire qu'il s'agit d'un débat de société comme le furent ceux sur l'IVG et la pilule... C'est avant tout un questionnement de femmes. Il faut avoir porté la vie en soi,
l'avoir perdu peut-être aussi, l'avoir donné, pour comprendre ce lien indéfectible, ces neufs mois qui font d'une femme, une mère.
Je veux bien être traitée de "réac", mais j'assume.
Le principe de porter l'enfant d'une autre, me semble tout à la fois destructeur pour celle qui "vent" son ventre, que pour celle qui attend à distance et pour l'enfant.
Porter une bébé, le mettre au monde, ne peut être un travail comme un autre. Ce n'est pas un problème de grille tarifaire. On parle de vie, d'amour, de risque.
Certains osent proner "le droit à l'enfant".
Mais quid du droit de la mère porteuse, de la mère administrative et de l'enfant lui-même ?
Qu'adviendra-t-il si, l'enfant "commandé", n'est pas "conforme", s'il nait handicapé ?
Droit de retour ? SAV ?
Tout parent redoute la malformation. Mais parce que cet enfant a été porté en couple, dans le ventre de la femme aimée, le fruit de cet amour sera nécessairement assumé et choyé, aussi, malgré
tout.
La mère porteuse aura fait le travail pour lequel, elle était payée.
L'enfant attendra les brais aimants.
Mais les parents, ceux considérés juridiquement commes tels, accepteront-ils cet être "défaillant" ?
Se pose aussi le question de l'origine.
Comment interdire à l'enfant, devenu grand, de vouloir renouer le lien avec celle qui l'a porté ?
On connait la problématique des enfants adoptés ou accouchés sous x.
Si les parents officiels ont joué la carte de l'honnêteté, ils ont abordé cette procréation singulière, mettant en avant le courage et la générosité de la mère porteuse. Dès lors quel enfant ne
voudrait pas connaître sa bienfaitrice ? Il serait inconcevable d'élever un homme sans lui donner les clés de sa vie ou lui laisser à penser qu'il est né d'une machine porteuse d'embryons
moyennant finances !
Je repense à mes trois grossesses, à chaque petit être qui vivait à l'unisson, les mêmes émotions, et leur naissance, ce premier regard qui dit tout du lien mère-enfant unique et magique. Je
repense aussi, à Eden, bébé bleu inerte tout contre moi.
Il faut en parler, réfléchir, imaginer le pire et le meilleur, ne rien ignorer de la souffrance et des joies des uns et des autres. Il faut surtout arrêter de dire qu'avoir un enfant est un
droit.
Etre parent ce sont des craintes, des bonheurs, des doutes, des devoirs... mais nous ne devons jamais avoir de droit sur la vie.