Comte Sponville, vacances et lapin de Pâques
Elles, derrière, moi, devant au volant, nous partions pour la
médiathèque, pour un nouvel atelier contes et art plastique sur le thème des petites bêtes. Nous parlions de métiers, du fait qu’il faut bien travailler à l’école, longtemps, pour enfin avoir le
choix de sa profession, en vivre, s’offrir ce dont on a besoin et ce que l’on aime.
Sans que j’aie eu à le demander, Cléophée déclara radieuse, qu’elle voudrait travailler dans les champs, faire pousser des légumes, des fruits… être maraîchère.
« C’est un très beau métier mon cœur… tu nourriras les gens… »
Jalane imaginait déjà combien ce devait être agréable de faire pousser des fraises… et accessoirement d’en vendre, un peu, et d’en manger, soi-même, beaucoup.
Au retour, dans la voiture, ce soir, pas de petites voix derrière nous, à peine, par moment, le gazouillement d’une Eden esseulée. Les grandes sont en vacances. Pas de déchirure, d’étreintes dans les larmes, pas de cœurs brisés, elles étaient heureuses de ce changement, de vivre autre chose, ailleurs.
Elles savent « être » sans nous, si bien, elles en ont gagné l’habitude, avec la crèche, l’école, Cathy, les longues vacances déjà passées chez les grands parents.
Elles penseront à nous, tout autant que nos pensées iront à elles. Mais elles auront tant à faire, à vivre, à découvrir. Ce sont nos soirées, à nous, qui vont paraître bien vides, à ne s’occuper que d’une seule petite fille, une unique et si calme.
Hier, j’écoutais André Comte-Sponville, sa philosophie de père de famille, devant un parterre amusé, agacé, attentif de près de 200 personnes réunis dans le grand salon de l’Hôtel de Ville de Metz.
J’approuvais quand il a parlé, du changement profond engendré par la parentalité, combien notre bonheur n’est que dans celui de nos enfants, et combien finalement ce bonheur est fragile car totalement indépendant de nous.
Sans objectivité, mais avec mon cœur de maman, je trouve mes filles si belles, si intelligentes, si étonnantes, si pertinentes. Je veux les élever pour, qu’un jour, elles volent de leurs propres ailes, avec liberté et assurance. Et pourtant, leur absence, leur éloignement me laisse vide, sans but.
Combien de temps encore croiront-elles au lapin de Pâques ? Celui-là même qui a laissé des « saletés partout » à l’école aux dires de Jalane et à sa grande désapprobation, qui les a couvertes de friandises chocolatés sur le pas de la porte hier matin parce-qu’il-savait-qu’elles-partaient-en-vacances…
Le ciel est rose et bleu, 20h, Eden dort déjà, j’imagine mes grandes filles attablées dans leurs pyjamas, souriantes, fatiguées peut-être, mais excitées à l’idée d’une nuit dans une chambre qui n’est pas la leur.
Bonne nuit mes amours, toutes mes amours, maman n’est jamais très loin.