Overblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
22 Feb

crocus blancs

 - Catégories :  #mot du jour

Ils ont percé la terre froide et humide du jardin et dans ce matin gris et brumeux, leurs clochettes blanches piquées sur de graciles tiges vert tendre semblent vouloir résister et coûte que coûte annoncer le printemps déjà.

Dans moins d’un mois, Cléophée soufflera ses 5 bougies et demandera, des étoiles dans les yeux et la bouche gourmande, une simple tarte aux pommes en guise de gâteau d’anniversaire.

Pour l’heure, elle joue avec sa sœur cadette et leur grand-père, dans le salon, sous le regard attentif, bien qu’embrumé - tétée de 10 heures oblige - de la petite dernière.

En ce jour anniversaire, leur papa écoute la voix de l’Amérique qui gagne dans une capitale du Sud de l’Europe.

Demain, la vie reprendra son cours, les aînées à l’école, grands-parents sur le départ pour rejoindre l’Auvergne et ses neiges, Eden savourant le silence retrouvé de la maison douillette, et moi, profitant quelques minuscules semaines encore de mon statut de mère au foyer.

A six mains, tout à l’heure nous avons préparé une delermienne tarte-aux-pommes-du-dimanche, y ajoutant - touche secrète - quelques poignées d’amandes effilées et du sucre glace vanillé. Sa cuisson a embaumé le rez-de-chaussée. J’ai déposé dans le four encore chaud, un feuilleté de langoustines et petits légumes ; repas de fête sans celui que l’on voudrait fêter !

Après la tétée de 7 heures, je suis descendue sans bruit, dans la cuisine, un thé blanc au miel de fleurs sauvages, les personnages touchants et perdus d’Olivier Adam dévidant leur histoire. Sa petite Manon de 4 ans a pour moi les traits de Jalane et le papa, marin à quai attendant le retour de la femme aimée, avec ses quelques kilos en trop et son cœur gros comme ça, pourrait être mon amoureux. S’il n’a ni son penchant pour la cigarette, ni pour le whisky, il en a la tendresse.

J’ai toujours été fascinée par ces hommes, ces femmes, qui un jour, partent, sans un mot, sur la pointe des pieds. Dans leur entourage, « ça couvait, c’était certain… », « incompréhensible, elle/il avait tout pour être heureux(se) », « il/elle n’était pas à la hauteur », « il/elle va revenir, avait besoin de faire le point, de prendre du recul », « laisser ses enfants, quand même, c’est de l’inconscience », « c’est toujours celui/celle qui reste qui est le plus à, plaindre… ».

Des banalités, des niaiseries, de affabulations, des hypothèses… sait-on pourquoi, un jour, un proche part en silence ?

Il y a tellement plus de raisons de partir que de rester.

Certains partent, en trompant, une aventure, un jupon plus jeune, une voix plus tendre, puis reviennent.

D’autres se font une raison et s’accommodent de cette vie - après tout, changer pour quoi ?

Il y a les accros du sport, du boulot, les collectionneurs addicts, les dingues du shopping… autant de moyens de tromper la routine, de se donner une raison d’être, autre.

Dans le dernier film de Danièle Thomson, « Le code a changé », le personnage joué par Emmanuelle Seigner assène que nous menons tous un jeu de faux-semblant, hypocrisie du bonheur, de même, Karin Viard souligne que mentir c’est protéger l’autre…

Ca laisse perplexe quant à la sincérité de nos sentiments, pourtant rester c’est toujours mentir un peu, baisser les yeux. Partir peut-être aussi, au fond !

Mais aujourd’hui, pas de départ, retour attendu, dans le noir de la nuit prochaine, de l’être aimé.

La chaleur rassurante de son corps, son odeur apaisante, sa voix douce au réveil.

Je parlerai trop demain, tant de choses à lui dire, logorrhée sans fin comme pour rattraper le temps.

Puis retour au calme et je l’écouterai, alors, me raconter son long week-end sans nous.

Les crocus sont blancs, je les regarde par la fenêtre, Eden se tortille, mes seins sont lourds.

Commenter cet article

Archives

À propos

notre actualité en toute subjectivité...