en écoutant annie lemoine
Au volant de notre grosse bébé mobile - 807 Peugeot familial - en route pour quelques courses, avec mon amoureux, tandis que nos princesses étaient sous le contrôle grand-parental, j’écoutais avec attention sur Inter une interview d’Annie Lemoine.
J’ai toujours aimé cette journaliste pour son style, sa voix, ses cheveux courts gris et si je n’ai pas encore lu ses romans, l’entendre cet après-midi m’en a donné l’envie.
Née à l’approche de Noël en 1957, elle me rappelle plus que toute autre une amie chère.
Aussi loin que je me souvienne d’elle, c’était dans les années 80, sur Canal +, dans le mythique « Nulle par ailleurs », du duo Gildas-De Caunes. Avec sérieux et flegme, elle présentait le JT, et son apparition était toujours aussi incongrue que courageuse, dans une émission vouée à la déconne. Je l’ai perdu de vue un peu ensuite, dans son slalom entre France 2, TF1, TV5... et je l’ai retrouvé avec bonheur, humour franc, phrasé juste, regard aiguisé sur l’actualité… dans l’équipe de Laurent Ruquier.
J’écoutais attentivement. Elle expliquait comment elle avait toujours aimé écrire, mais combien il lui avait fallu prendre confiance en elle pour oser enfin se lancer, quel processus de « mûrissement » avait du opérer. Et combien l’écriture l’avait équilibré. Elle parlait de bonheur, celui pris en solo dans son face à face avec l’écran, ce sentiment aussi de dialoguer avec le lecteur à travers une histoire, des personnages.
Elle ressent la nécessité d’écrire, et quand bien même elle ne serait plus éditée, elle continuerait.
Une jouissance, celle de trouver les mots, de vibrer et de faire vibrer l’autre.
Un acte très sensuel en somme !
J’aimais ce qu’elle disait et tout en regardant la grande carcasse en béton du futur Beauboug messin, je pensais à cette amie qu’elle me rappelle tant, toujours.
Je me disais que je l’aurais bien entendu prononcer les mêmes mots, avec le même ton, porter un semblable regard sur le vie, l’amour. Au son de cette voix, j’avais en tête l’ovale familière de l’amie éloignée.
Dans ce doux exil du Grand Est auquel je me suis obligée, j’ai parfois la nostalgie de certains visages du passé, de certaines discussions, d’arrêts inopinés à une adresse connue en revenant du marché.
J’avais pris l’habitude de mettre des barrières dans mes relations professionnelles, évitant tout amour, toute amitié, pour rester une vraie pro, sans ambiguïté dans les relations humaines.
Mais la proximité d’un bureau partagé des heures durant, l’ombre d’une sœur peut-être, de goûts proches, cette meurtrissure d’octobre, dont nous avons si peu parlé, mais que j’ai vécu à distance bienveillante et ces naissances, comme si ma propre famille s’agrandissait.
J’ai toujours eu besoin de respecter les personnes avec lesquelles je travaille, d’admirer leur professionnalisme, sans pour autant être en accord avec eux en tout. En amitié, je crois avoir plus d’indulgence, peut-être parce que j’aime l’autre pour ce qu’il est dans son ventre, plus que dans sa tête.
J’ai quitté des lieux, des êtres, sans me retourner, sans état d’âme. Elle, aussi, mais parce que je savais que nous nous retrouverions, parce que je savais que chaque discussion serait quelque soit la distance et le temps, juste la suite de la précédente.
Rien n’est du au hasard me semble-t-il. Le destin est toujours embusqué qui nous fait choisir un chemin plutôt qu’un autre. Elle venait du Nord. A mon tour, le temps de mieux la connaître, de m’attacher à elle, et c’est moi qui ai passé la Loire.
Elle me donne à entendre parfois ses doutes au téléphone. Je fais de même. Combien de fois pourtant nous sommes nous revues ? Si peu, à peine.
Mais quelques cartes, quelques mel. Elle aime l’écrit autant que moi. J’ai toujours cru d’ailleurs, qu’elle serait de nous deux la première à prendre la plume avec sérieux.
Je me souviens d’un discussion dans le train, elle était enceinte et moi bien loin d’imaginer que je serai maman louve un jour. Elle réfléchissait au prénom de son premier. Je crois que c’est à cet instant que j’ai su que nous devenions amies.
C’était la croisée des chemins.
Un baiser sur les lèvres de mon amoureux à chaque feu rouge. Comme un clin d’oeil entre nous, St Valentin ou pas. Notre petite maison crème des années 30 en vue. Je n’entendrai pas la fin de
l’interview d’Annie Lemoine. Je l’écouterai toute entière plus tard sur le pc, et je sais que c’est à S. que je penserai, aussi, alors.
Que le jour recommence, Annie Lemoine, éd. Flammarion, 2009
"Le Zapping de France Inter", samedi 14 février 2009 -http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/zappingdefranceinter/