rien qu'une simple maman
On peut en être à son troisième bébé et pour autant être une maman emplie de doutes et incertaine quant à la bonne santé, la vitalité, la normalité de son enfant et de tout
événement externe ou interne lié à la naissance.
Mes craintes sont-elles accentuées par cette naissance que je revis avec émotion et qui reste en moi troublante et chaotique ?
Quand Eden dort, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle dort trop.
Quand elle reste éveillée à regarder autour d’elle ou à lutter contre le sommeil avec force de cris, je crains qu’elle ne dorme pas assez et qu’un mal être la prenne.
Quand elle tète beaucoup, je crains les régurgitations. Si elle s’endors sur le sein, je m’inquiète pour sa croissance…
La liste est longue ainsi, de mes doutes, de mes craintes, parfois de mes paniques.
J’essaie de taire ces angoisses pour qu’elles ne l’atteignent pas, ELLE, mais je sais qu’elle peut sentir dans mes câlins un peu trop pressants, dans mes baisers trop appuyés, dans mes caresses
trop maternelles, toute la détresse d’une petite maman confirmée et pourtant hésitante.
Je me souviens la peur panique de perdre Jalane quand nous avions perçu vers ses 1 ans, une stagnation dans sa courbe de croissance. Je l’avais traîné de spécialiste en examen et mis des photos
d’elle dans toute la maison, comme autant de traces de son passage… au cas où. Je me souviens les nuits blanches, cette volonté farouche de la serrer dans mes bras, de la couver comme on le fait
d’un petit oiseau malade. La simple idée de la perdre alors, me faisait verser des larmes à torrent. La présence même de Cléophée n’aurait pas su me consoler.
Je regarde Eden-Lune dans son transat à mes côtés, dans cette maison vide et désertée où nous sommes seules cet après-midi. Je la sens paisible, je sais qu’elle a bien tété tout à l’heure, elle
se réveillera probablement d’ici quelques minutes. Catherine, ma sage-femme, l’a examiné en consultation hier soir, elle avait pris 70 grammes, elle l’a trouvé belle et tonique… Alors, je dois me
raisonner - être raisonnable - me convaincre qu’elle va bien, que la vision de cette naissance tortueuse est derrière nous à jamais.
Je dois effacer de ma mémoire ce petit corps violet sans vie.
Ma fille est là, belle dormeuse aux lèvres gourmandes.
Et mon cœur est prêt à exploser d’amour à chaque instant quand je la vois sourire - même si ce n’est qu’aux anges - dans son sommeil.