puisque ces mystères nous dépassent...
Je la regarde dans ce lit si grand. Elle respire doucement, allongée en chien de fusil, ses longs cheveux châtains flottant sur l’oreiller en fleurs.
Elle a 1 heure, et son père la soule de paroles, qu’elle écoute attentive, tandis que la sage-femme suture le corps meurtri et que mon âme se grise ce début de vie à trois.
Elle a 3 mois, et notre quotidien bien rodé, l’emmène chaque matin chez les nounous, tandis que papa et maman partent travailler.
Elle a 1 an, et le ventre arrondi, je couve la nouvelle blondinette. Elle la connait déjà, elle l’aime, elle l’attend, et devant le lit transparent, elle pleurera de la voir si petite, et pas encore prête à jouer.
Elle a 3 ans, l’école enfin, qu’elle attendait et qu’elle demande.
Elle a 4 ans et maternelle déjà, la main sur le ventre, elle attend sa dernière petite sœur.
Elle a 6 ans et se sauve avec ses copines, filante au-delà du grand portail de l’école.
Elle a 7 ans, 8 ans bientôt. Elle lit en solo dans sa chambre, rempli des listes de noms d’amis, forme des coeurs ronds et roses pour son amoureux, adore écouter Petitrenaud et Ruquier.
Elle a 11 ans, 15 ans, 20 ans… Elle m’échappe, m’échappera, m’a échappé… Elle avait promis de revenir au nid, pendant que l’homme de sa vie, irait avec ses copains.
« Je viendrai à la maison, pour être avec ma maman ».
S’en souvient-elle ?
Mon bébé, mon premier petit, ma petite fille, ma grande puce, mon petit cœur, ma minimoi, mon lapin, mon petit chat, ma grande fille, mon amour… toi qui a fait de moi, une maman.
Je la regarde dans ce lit, si grande. Elle respire doucement, allongée en chien de fusil, ses longs cheveux châtains flottant sur l’oreiller en fleurs. Doucement sa main blanche se rapproche de sa bouche, serrant doudou-lapin usé par le temps.
Puisque ces mystères nous dépassent feignons d’en être les organisateurs. J Cocteau