ma vie sans smartphone
Je croisais, récemment, à Paris, une affiche m’invitant à ajouter dans mes « appli » le parc des expositions de la Porte de Versailles. Quelques pas plus tard, je butais dans les couloirs du métro, contre une jeune femme trop concentrée sur son écran tactile, un casque protubérant de marque, greffé sur les oreilles. De retour dans ma province tranquille, je jetai un coup d’oeil à mon mur facebookien et constatais qu’une bonne moitié de mes amis réajustait son profil depuis un smartphone.
Comme pour me rassurer sur le fait que je n’étais pas la seule en dehors de cette tribu d’envahisseurs, je tapais sur le clavier du pc : « anti smartphone »… Et je m’orientais vers un article paru en 2010, ventant les mérites de John’s phone, un carnet d’adresses papier et son stylo, camouflés dans un téléphone portable simpliste, répondant à la plus légitime des attentes, appeler-se faire appeler. Je visionnais même, avec un brin d’incrédulité, une vidéo, tout aussi primitive et nue que le produit qu’elle voulait promouvoir. Le cœur de cible ? Des séniors technophobes, mais pas trop, ou quelques altermondialistes urbains ?
John’s phone, lancé il ya 2 ans, n’avait probablement pas trouvé son marché, tandis que les smartphones en tout genre, assurément, en grignotaient de nouvelles parts à chaque instant.
L’usage que j’ai de mon téléphone portable est plus que conventionnel. J’appelle, on m’appelle, j’envoie des sms, en reçois. Je n’ai utilisé que de rares fois le mode radio, moins encore la mini torche.
J’aurais bien, sans nul doute, l’utilité d’un écran tactile, me permettant de rester connectée au monde du web et à mes boites mel 24/24. Mais dans quel but ?
Tandis que les filles grandissent, je retrouve du temps pour moi, arrive à m’extraire des tâches ménagères, des contraintes familiales, pour une lettre manuscrite, une lecture papier, un plat maison, une discussion collective pour refaire le monde.
Il y a 5 ans à peine, dans le métro, comme dans le train, dans les jardins publics… on voyait encore des gens de tous âges lire de vrais romans papiers, un journal, un magasine. Où sont-ils tous partis ?
Chaque génération à ses codes et ses outils. J’y viendrai, et si je ne le fais pas assez vite, j'y serai poussé par les demoiselles de la maison des mirabelles.
Mais que devrai-je sacrifier alors ? Quand bien même, la résolution des images progresse, et nous permettra bientôt de voir avec netteté sur un écran le visage de l’être aimé, et de dialoguer avec elle ou lui, comme en directe. Il manquera à la communication des êtres, l’essentiel : le doux parfum de la peau, le pétillant de l’œil – pour y lire l’âme.
Ma vie sans smartphone est belle de rencontres, de baisers doux et de discussions qui parfois n’ont ni queue ni tête, mais qui rendent chaque minutes plus belles.