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08 May

la cour des grands

Publié par tribudefilles  - Catégories :  #mot du jour

Elle m’a dit qu’il avait les joues toutes rouges, tant il avait été giflé. Il n’avait rien fait, il jouait tranquillement avec elle et ses copines. Ils sont venus, ils l’ont entraîné dans un coin, ils étaient plusieurs M., A., et je ne sais plus. Elle a appelé E. Mais Q. les empêchait de l’aider, il pointait sur elle un bâton en faisant « pan pan ». Elle voulait l’aider, elle voyait bien que ce n’était pas un jeu, elle ne pouvait pas approcher. Je sais que son bras n’aurait pas faibli, que ses mains auraient tiré, pour le soustraire, je sais sa force, ses résolutions. Il pleurait dans les toilettes après, il avait les joues toutes rouges, il avait mal. La maîtresse a grondé avant d’entrer en classe ceux qui l’avait frappé, elle a dit à sa maman ce qui s’était passé. « Tu aurais du m’appeler, je serai venue t’aider. » Elle n’a pas pu appeler, elle n’a pas pu l’aider. Il était triste.

J’ai expliqué, j’ai commenté, confirmé que ce n’est pas un jeu. J’ai dit que ces enfants étaient méchants, que la maîtresse doit leur expliquer, doit les punir. J’ai dit qu’ils étaient bêtes. J’ai dit qu’il devait en parler à sa maman. J’ai dit encore et encore « ce n’est pas un jeu ».

Elles écoutaient. Elles étaient convaincues. Elles savaient qu’il n’y avait aucun amusement dans cet acte.

Elle m’a dit que ce ne sont pas ses amis. Il jouait avec elle et ses copines. Ils sont venus le chercher. Ils l’ont frappé, juste comme ça.

Ils ont 5, à peine 6 ans et ne vivent pas dans le 93.

On avait parlé avec elles déjà du foulard que l’on serre trop fort et qui étouffe. Dit déjà que ce n’est pas un jeu. Que faire mal ce n’est pas jouer. Que celui qui étouffe, meurt et ne revient jamais.

Elles avaient compris.

Elle complétait. Elle approuvait.

Elles étaient solidaires.

Je tenais le volant bien en mains.

La troisième regardait la flèche du musée bientôt ouvert, son doudou serré contre son cœur, un pouce en bouche.

Il fallait expliquer. Ne pas effrayer. Mais comment expliquer qu’un petit garçon de tout juste 6 ans, devient le souffre douleur d’un jeu dangereux, dans une cour de récréation ? J’ai pensé en moi-même, « heureusement qu’il n’est pas noir, ou handicapé… », il aurait fallu en plus ajouter à l’acte gratuit, une dose de racisme, de rejet de la différence.

Nous sommes rentrées dans le grand hangar. Le tapis rouge était déroulé. Les marques de luxe sur le parking, notre familiale tout à côté. Elles ont, en trio, foncé sur le buffet. Ma tribu de filles. Elles étaient en confiance. Les adultes verre en main, discours sur l’art convenus, les regardaient d’un œil surpris - amusés en voyant la plus petite dernière dévaliser l’apéro des grands devant le serveur d‘occasion incrédule. Elles n’en n’avaient cure. Elles déambulaient, entre les jambes, d’une toile à l’autre. Un baiser pour papa, un autre de maman.

Nous nous sommes en duo, installé dans un canapé, à l’étage, pour une tétée créative. Un étranger est monté. Elle s’est détachée du sein. La fixé d’un œil noir. Un seconde à peine. Il a tourné les talons. Territoire interdit. Propriété privée. Espace réservé.

J’ai échangé quelques mots aimables avec l’artiste. Parler avec lui de l’écrivain qui avait rédigé l’essentiel des textes de ses catalogues. Un homme s’est approché. « Qui est cet auteur ? - ah ! Il a eu le Goncourt, alors c’est un grand écrivain en effet… maos connais pas »

Qui a dit que seule la cour des petits est violente ?

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