je tombe le masque ??
Dans un tout autre contexte, ce nom commun banal, devenu à lui seul symbole d’un pseudo virus pandémique, m’aurait fait penser à cette fameuse collection de romans criminels. Pas de sang, ni de sexe, du polar à la Française, fleurant bon les quais de Seine et le petit rouge sur le zinc. Seulement, il avait bien écrit sur l’ordonnance « masques d'hygiène », et c’est un sac transparent laissant apparaître serrés de fins tissus vert amande que me tendit la pharmacien. Je scrutais discrètement les autres clients. Aucun oeil accusateur. J’en déduisais qu’un tel achat était banal et pas nécessairement lié à la déclaration formelle de la grippe redoutée. Je réglais mes petites billes d’homéo, les fameux masques et je rentrais.
Le médecin avait confirmé, avant même que je lui demande - je n’en doutais pas - que je pouvais poursuivre l’allaitement. Ma crainte était moins d’incuber un virus terrible à mon bébé, que de l’effrayer ainsi camouflée de la gorge aux yeux. J’ai adapté devant elle, le masque sur mon visage. J’ai su que c’était gagné, quand elle a souri, inclinant la tête et fronçant le nez d’un air mutin. Pourtant quelle sensation troublante. Comment partager la tétée, particulièrement celle du matin, si intime, si fusionnelle avec un tel appendice ? Ma protubérance verte ne semble pas la gêner. Elle n’essaie même pas de la toucher. J’ai même la sensation qu’elle fait impasse sur mon sourire, mais le capte tout autant par le simple jeu des regards. Les grandes m’embrassent sur le front. Curieux retour des choses, quand c’est la mère aimante qui d’ordinaire donne un baiser sur le front brûlant de l’enfant malade.
« Au bout de 4 heures, il faut changer de masque… » avait souligné la pharmacien. Je me demande bien qui peut porter, malade, un masque plus d’une heure ? Très vite, une sensation de chaleur, des picotements dans les yeux… et puis surtout, à quoi bon porter ce masque ? Pour protéger la maisonnée ? J’ai eu tout loisir de la contaminer avant de consulter !
Les filles ont eu bien des occasions d’être au contact du virus réputé, à l’école, à la danse, au cinéma… quant à la petite dernière, malade elle-même j’avais augmenté le rythme des tétées, satisfaisant ses besoins plus de 5 fois par jour. Et vivant de faite, une proximité tendre encore plus que d’ordinaire.
Si tout passe dans le lait, le virus aussi assurément, et sans anticorps a priori. Pourtant, des doutes. Plusieurs semaines à nous culpabiliser, à nous faire peur, à nous impliquer dans un scénario catastrophe malgré nous.
Alors, je tombe le masque ou pas ?