couleurs printemps
8h30, en rouge sur le
réveil. Déjà !
Je conduis comme un robot, je connais les virages, les priorités. Je dois faire attention au carrefour à venir.
Johnny a-t-il bénéficié de la prime à la casse pour sa nouvelle hanche ?
Le vert tendre fissure la terre, et le blanc en corolles.
Elle a toussé, tellement, si fort. Un verre d’eau, une cuillère de miel, un baiser, un autre, la tête surélevée, et le silence a fini par prendre la nuit. Mais il était 3 heures, déjà, je crois.
Tout est blanc dans la maison. Les cubes de céleri aussi, en purée tout à l’heure.
Un baiser sur ma joue, tandis que j’écoute une x-ième émission qui explique la mort de la terre et de ceux qui la cultivent, combien la grande distrib les étouffe et combien nous mourrons de tout cela.
Il faudra repasser à la coop. Les petites poules n’ont pas voulu pondre ce matin ?
Une poupée qui dit non dans un sourire.
J’ai chaud sous le gros pull violet. Mais j’ai besoin de cette chaleur.
Les voix connues à la radio, Dora et Picasso.
Combien d’heures ai-je dormi ?
Cette Potiche là, m’a fait rire, et m’a donné la pêche.
Carla a sorti une nouvelle version de « Douce France », en cette année anniversaire. Affligeant.
Le poisson est sorti du congélateur. Je ne suis pas une maman parfaite.
Je ne verrai pas la maraîchère, aujourd’hui. Pierre nous servira. Son ventre, à elle, sent la mort.
Je me rattraperai sur le goûter. Elles veulent une tarte aux pommes.
« 6, 4, 2... 6, au non… là… 6, non… ». À quoi joue-t-elle ? Le puzzle ne remplit pas assurément son rôle. Peu importe.
Je ne me souviens plus de cette phrase entendue, et que je m’étais promise de retenir.
Le ciel est bleu, l’air doux.
Il faut vraiment que j’arrête le chocolat. Je vais tourner à une plaquette par jour.
Règle 1. J’écoute. Maman n’a pas à répéter les choses plusieurs fois.
Je ne veux pas arrêter le chocolat. J’ai racheté une plaquette de bio-équitable aux graines de courges.
À chaque nouvelle séance de pilates, je ne sens pas mes quarante ans.
Je ne sais pas quand elle arrêtera de tétée. Pas envie de toute façon. Rien ne gène. Surtout pas nous.
J’avais envie de pleurer tout à l’heure. Pourquoi suis-je si émotive, souvent. ?
« Bobo le mur ».
Je ne reconnais pas toujours celle que le miroir me renvoie.
« Maman, tu es belle. Un Bisou ! »
Il me manque, mais j’aime bien aussi, cette distance. Me retrouver avec moi-même chaque soir.
Elles sont belles dans le rose des danseuses.
Je vais aimé qu’il rentre.
MAM doit-elle démissionner ou pas ?
J’espère que ces nuits dans une yourte, parmi les loups gris et les chevaux, seront belles.
« Maman je tme tre fort et aussi papa ». Ce n’est pas la technologie numérique qui a inventé l’écriture sms, mais bien les enfants.
François Nourissier est mort. Il est lorrain je crois. Je me souviens de belles pages écrites sur lui, par JG.
La vapeur a brûlé ma main. On ne voit rien. A peine un peu de rouge.
JG vient de sortir un nouveau roman, dédié à son jumeau mort. J’ai tout lu de lui, et je sais que je vais chuter à cheval , en le suivant, une fois encore.
Elle disait mercredi dernier : « J’ai tellement chaud. C’est comme si j’avais le soleil dans mon corps. »
Dehors, le printemps voudrait s’installer. Avec toutes ses couleurs.