Charreyrial années 20
« Et, rose, elle a vécu, ce que vivent les roses, l’espace d’un matin. »
Elles ne sont aujourd’hui que poussières…
Cette photo semble tirer de la nuit des temps, je reconnais pourtant certains visages. Ils me sont familiers. Je connais les lieux, j’entends parfois les sons, ressens les mêmes odeurs.
Certains mots d’aujourd’hui, n’existaient pas alors : ordinateur, téléphone portable, Wikipédia, même le jeudi noir n’avait pas eu lieu encore, alors que dire du 11 septembre !
Ces petites filles sont-elles pour autant si différentes des miennes ? Leurs rêves et leurs espoirs ont la même source, j’en suis certaine. Elles ont au fond du cœur la même envie, d’être aimée, de grandir et de devenir un jour une femme heureuse. L’ont-elles été, celles de la photo, au regard un peu triste ? Mon trio le sera-t-il ?
Quand je regarde la plus grande, gagner seule l’école, attendre en discutant avec ses copines, franchir sans moi, à l’aller comme au retour la grande grille blanche, je sais déjà qu’elle ne m’a jamais appartenue. Qu’elle n’est qu’à elle, et que malgré tout, malgré elle, je ne pourrai jamais veiller sur son esprit, ni sur sa vie autant que je le voudrai.
Je n’ai aucun pouvoir, pas même celui de guérir une écorchure d’un baiser, quand bien même je voudrais le leur faire croire.
Grandir c’est accepter l’inacceptable.
Elles grandissent, moi avec elles.
crédit photographique : Bernard Marand, photo originale > 70 ans