Venise au Louvre
J’avais une heure à perdre sur ma pause déjeuner. J’hésitais entre m’installer au soleil dans le jardin des Tuileries, un sandwich à 4,50 € dans une main, « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye dans l’autre.
Quand
en sortant du métro, j'ai vu les grandes toiles sur la façade du palais : "Titien, Tintoret, Véronèse... Rivalités à Venise - 17 septembre 2009-4 janvier 2010". Pourquoi pas ? Que
savais-je de Titien et des autres ? Une trop vague idée de leurs peintures, mais rien de leur histoire et de leurs "rivalités".
J’évitais l’entrée par la pyramide. En habituée des lieux, je me
glissais plutôt dans le carrousel. Une caisse automatique, 11€ dans la fente. En 10 minutes, j’étais devant le mur aubergine et les premières toiles.
Au gré de rendez-vous distants, de pauses déjeuners culturelles, j’ai compté avoir visité le Louvre 4 à 5 fois depuis ma reprise en mars. Je devrais peut-être prendre un abonnement
?
J’ai retrouvé ainsi avec bonheur, ce lieu que j’habitais presque, des journées entières et par
vidéos interposées, l’année de ma maîtrise.
Je me souviens combien j’avais été étonnée la première fois, un mardi, de croiser autant de monde dans les couloirs pourtant fermés au public. J’avais imaginé avoir les galeries et salles
monumentales à moi seule, et je constatais avec un brin de déception, que je n’étais qu’une, parmi un flot de privilégiés, chercheurs, restaurateurs, photographes, artistes ou simple nettoyeur de
vitres. Il n’empêche, encore, maintenant j’arrive presque à faire abstraction de toute cette foule grouillante, à contempler, comme si nous étions elles et moi dans une bulle, les momies
égyptiennes, les fresques assyriennes, les femmes de Rembrandt.
Avant l'été, presque muée en japonaise, j’ai été subjuguée par la beauté des collections de l’Aile Richelieu, que je m’étais depuis le début refusée de visiter, au prétexte que sa nouveauté
attirerait une nuée de «touristes de base» auxquels je ne voulais pas me mélanger. Vanité déplacée, j’aurais loupé les ors du mobilier Empire, la chambre de Madame Récamier et celle de Louis
XVIII.
Enfin donc, hier pour la cinquième fois peut-être, je rentrais dans le temple.
Tout d’abord le tournis, des gens amassés devant les premières toiles, écouteurs rivés aux oreilles, doigts affairés sur les stylets numériques et la fameuse grippe A, que je voyais blottie au
creux de chaque narine, dans la moindre toux douteuse. Les deux premières salles passées, le public se fit moins dense, l’air plus respirable. J’avais noté en entrant, que le compteur de
visiteurs annonçait plus de 450 personnes. Je n’avais pourtant pas fait la queue. Je verrais en sortant, vers 13h, une file d’une centaine de touristes attendait leur
tour.
J’ai commencé par lire les textes en trois langues collés aux murs. Nous sommes entre 1540 et 1590, Titien, Tintoret, Véronèse… s’affrontent dans des combats picturaux. Rivalisant de géni, parfois de fourberies, pour marquer la postérité et les palais vénitiens de leurs œuvres.
D’une salle à l’autre, j’ai appris à reconnaître la pâleur aux joues roses des femmes de Véronèse, j’ai tout de suite aimé la finesse de Titien, moins apprécié
Tintoret, découvert quelques autres Palma le Jeune, Bassano - très beau…
Pendant une heure j’étais à Venise au XVIème siècle, pourtant, je retrouvais mes filles dans les traits de ces petites poupées de pourpre et de vert, habillées en dames de la
cour miniatures.
Bientôt, les treize coups ont sonné. Cendrillon devait retourner au charbon. Parenthèse vénitienne terminée.
Nous reviendrons un jour, des jours, en famille. Je veux tellement que les filles se nourrissent de ces sculptures, toiles et autres meubles. Je suis certaine qu’elles sauront saisir toute cette beauté.
Vendredi, elles vont à la ferme de la Foire économique de Metz, hier, elles ont mené, gants aux mains et tee-shirt sponsorisés, une opération nettoyage de la planète - enfin de la cour de l’école et des rues proches pour commencer - elles ont tant de choses à voir et à comprendre !