mieux que Martine petit rat !
J’entends d’ici des voix entre roches volcaniques et noisetiers, « on dirait aurélie, petite ».
Depuis plusieurs mois, elles ne parlaient que de ça. En rêvaient. Faisaient
les gestes, les pas. Le déclic : Giselle sur la scène de l’opéra de Metz. De grands yeux éblouis, des moues dubitatives… et l’imagination de petites filles de 4 et 5 ans, auxquelles de patients
grands parents ont lu soir après soir, deux étés de suite, les aventures de Martine, petit rat prodige, de l’opéra de Paris.
Première étape, il y a une semaine : l’inscription officielle, non pour la classe d’éveil, mais toutes les deux, dès à présent en première année.
Ce jour, l’achat de la tenue, dont elles égrainent les termes : collants, chaussons, juste au corps ; l’ensemble en rose clair selon les directives de l’école.
Et dans une semaine, le premier cours.
Cléophée imagine déjà les autres petites filles, le professeur montrant l’exemple, un piano peut-être, et un jour la scène, le spectacle, Giselle.
Jalane sait qu’elle aura mal aux jambes, que les exercices seront difficiles, mais qu’il faudra persévérer; que la danse est l’école de la répétition et de la perfection.
Dans cette nuit bleu gris, les chaussons virevolteront , couronnes de bras, garçons et filles du corps de ballet dans une harmonie parfaite, et elle, au centre, étoile, devenue grande, après des
années d’efforts et d’exercices, la récompense, les feux de la rampe, les bravos, les roses lancées sur le plancher et la joie immense, la fierté d‘en être arrivée là.
Je ne me souviens pas de mes premières années, je garde en tête, une sorte de rejet de cet effort gratuit vers 8-10 ans, puis le plaisir, l’équilibre trouvé, le corps qui cède, la souplesse acquise et d’un coup, les genoux qui refusent, le moindre mouvement aux larmes. Le gouffre, ce corps étranger qui ne répond plus. Aujourd’hui apaisé comme un vieux cheval, il reprend l’effort, accepte ses lacunes, ses blessures, les a domptées, il a même retrouvé sa souplesse, les sensations oubliées.
Elles iront à leur rythme, où elles veulent.