Edgar Morin et le Père Noël
Tandis que les filles, en ce gris mercredi de novembre oeuvraient studieuses pour le Père Noël en réalisant à son attention un dessin superbe et coloré, univers de bonhommes et d’arc en ciel, maman écoutait sur sa radio préférée un entretien avec Edgar Morin, quant à petite Eden-Lune, elle gazouillait sagement dans son transat.
Je le croyais mort, juste un nom prestigieux sur des livres de sociologie et de philosophie, une Méthode, une pensée sur soi et le monde… et cette voix, d’un homme âgé mais à l’esprit alerte, au regard aiguisé sur notre société contemporaine… il ose dire qu’il est entrée dans la Résistance à la première heure, mais en traînant les pieds, de peur de la mort, parce qu’on lui avait inculqué le respect de l’ordre et de la loi, il dit énonce aussi que « mieux vaut vivre pleinement un jour, plutôt que de vivre quelques jours de plus. ».
Je regarde mes trois filles, leurs pommettes hautes, les frisouillettes de l’une, les gestes appliqués de l’autre, les pieds gigotant de la petite dernière, et j’écoute ce vieux monsieur plein de sagesse. Il parle vrai, comme on peut se le permettre après une vie longue et bien remplie. Je me souviens avoir vaguement lu quelques textes de lui, quelques années au paravent, je me promets d’acheter son dernier ouvrage « Le chemin », un long entretien publié chez Fayard, même s’il devra attendre son tour sur la pile des livres que je me suis récemment offerts.
Les deux grandes n’écoutent pas tout à leur travail et leurs pensées tournées vers le Père Noël.
Elles nous énoncent chaque jour de bribes de la liste de cadeaux dont-elles rêvent. J’ai promis que nous la rédigerions ensemble bientôt et que nous mettrions en ligne sur le blog… l’homme à la barbe blanche malgré son âge ne manque pas non plus de modernité.
La seule à ne se soucier ni de la conversation radio, ni de Noël, est la touptitoune, plus attirée par les reflets de la lumière sur les vitres et par les mouvements de ses sœurs piochant crayons verts et roses.
Affairée pour le repas du soir avant de partir chez le maraîcher, Edgar toujours en tête, je porte un regard circulaire sur la cuisine, le salon, mes filles au centre, je savoure la chaleur de la maison et je suis bien, juste bien, comme on peut l’être quand on est sereine.
Edgar par le de ses « Démons« , comment il a appris à les analyser, à les connaître, à vivre avec.
Je pense aux miens, certains amadoués, d’autres encore présents, certains terrifiants.
Disparaissent-ils avec le temps et avec l’âge ? De nouveaux viennent-ils remplacer ceux apaisés ?
Avec mes filles, à travers elles suis-je parvenue à en dompter certains ?
Ce trio naissant a-t-il déjà des démons à combattre ?
Cléophée la sensible et cérébrale, Jalane la câline et affective et EL comment sera-t-elle ? Pour l’heure, elle est calme, câline, très éveillée, curieuse…