J-6, en attendant pinyin
Il est là, avec ses jaunes, ses rouges, les gouttes sur les vitres, les bonnets sur les cheveux d’enfants, les chats qui dorment au coin du feu, les chaussettes aux pieds, l’envie
de chocolat chaud et de tarte aux pommes… après les soleils des week-end passés, cette journée de lundi, un peu triste malgré ses couleurs chaudes, nous rappelle que l’automne est bien
installé.
Et que la petite dernière, après ses sœurs printemps et été, sera une fille du vent et des premiers frimas.
J’ai en tête, alors, forcément la chanson de Voulzy qui prête aux filles d’octobre de l’air sous les robes, et en novembre, parce qu’il fait plus froid, « serre-moi fort dans tes
bras ».
Comment sera-t-elle, notre petit rat chinois, au prénom « pinyin » ? (nouvel indice pour celles et ceux qui cherchent…)
Un caractère fort à n’en pas douter. Ne serait-ce que sa volonté à gigoter encore et encore dans mon ventre alors qu’elle manque de place, à J-6.
Elle n’est pas encore dans mes rêves nocturnes, je n’y suis qu’un ventre rond, avec à mes côtés deux petites filles radieuses et douces.
De même, dans les dessins de Cléophée, maman est un nombril prédominant, une boule souriante tenant par la main des juliettes à couettes.
Les deux grandes continuent à parler de leur petite sœur avec un baiser tendre sur ma peau tendue.
Je les sens impatientes, un peu inquiètes aussi, comment sera ce bébé dont nous parlons depuis des mois, l’aimeront-elles, pleurera-t-il autant que le dit maman, quelle place prendra-t-il dans la
famille, papa et maman auront-ils encore du temps à leur consacrer ?
Elles ont vu la valise prête pour la maternité. Elles viendront m’y voir - nous y voir - elles le savent. Elles imaginent dans les détails, la chambre, la douche, le lit, Catherine la sage-femme,
le départ précipité ou pas, de jour comme de nuit, elles savent aussi que leur grands-parents ou Cathy leur nounou seront là pour elles.
Dans une semaine tout au plus - enfin, avec Dame Nature ! - nous serons cinq à la maison, de maman couveuse, je me serai mue en louve allaitante et protectrice.
Mon désir d’une famille pleine et entière sera-t-elle comblée ?
Je veux le croire, et il le faudra de toute façon, 38 ans en 2009, une maison non extensible, de même que notre compte en banque, et la nécessité de redevenir moi, sans ventre à combler d’un tout
petit, mais une vie à construire tous ensemble.
Je la sens. Elle pèse chaque jour un peu plus entre mes hanches. Je m’amuse de ma démarche chaloupée. Je ne suis pas encore totalement prête, mais chaque minute qui passe m’aide.
Bientôt, je n’aurai qu’une envie, la tenir dans mes bras, tout contre mon cœur, peau à peau, son parfum sucré et amer de bébé, ses longs doigts et sa petite tête. Et puis, la voir avec ses sœurs,
mes grandes et dans les bras de son papa, mon amoureux.