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19 Sep

famille nombreuse, famille heureuse

 - Catégories :  #mot du jour

J’ai lu récemment que près de 50% des couples ayant déjà deux enfants envisageaient d’élargir la fratrie, mais que seulement 17% d’entre eux tentaient l’aventure d’un petit troisième. Je me suis alors posée la question du « pourquoi » de ce petit nouveau, alors que la vie à quatre est déjà riche et pleine.
Pour nous, faire rapidement un second bébé était une évidence, peut-être parce que nous savions le temps contre nous - contre moi surtout - et que notre rencontre, déjà tardive, hypothéquait forcément la possibilité d’une famille nombreuse. Enceinte de Cléophée, il était déjà clair dans ma tête que suivrait rapidement une nouvelle grossesse et que si la rapidité déconcertante - et injuste - avec laquelle la matrice à bébés fonctionnait pour nous, je ne tarderai pas à être maman de deux enfants.
Après Jalane, j’aspirai à profiter un peu de mes deux filles, je voulais maintenir le lien le plus longtemps avec Jalane bébé et l’allaitement une année complète allait largement m’y aider. Pour autant, j’ai tout de suite ressenti le besoin de donner la vie encore, mais non pour nous, mais pour l’offrir. C’est ainsi que j’ai engagé les démarches de don d’ovocyte. J’ai découvert alors un univers qui m’était particulièrement étranger où le désir d’enfant dépasse tout, fait tout accepter, les traitements lourds et douloureux comme les déceptions les plus cruelles.

Je me souviens notamment de deux discussions, l’une en salle d’attente avec une jeune femme qui en était à son - je crois - quatrième essai et l’autre avec une professeur spécialisée dans les FIV.
Mon contact avec la première avait commencé par un quiproquo, elle me croyait tout comme elle en attente de grossesse, alors qu’elle ne fut pas sa surprise quand je lui ai dit être maman de deux petites filles et que j’avais la volonté de faire un don. Je la sentais courageuse. Je la trouvais triste. Je la plaignais et je me découvrais tellement et injustement chanceuse. Je culpabilisais devant elle, je me souviens même lui avoir dépeins mes grossesses et mes débuts de maman avec une certaine noirceur, comme si je voulais la décourager, lui laisser croire que la maternité était bien moins idyllique qu’elle ne le croyait.
Mon deuxième échange fût tout autre. J’avais devant moi une professionnelle aguerrie, une technicienne - un peu trop m’avait-il semblé. Elle me regardait comme un phénomène de foire, ayant beaucoup de mal à comprendre ma motivation, faire un don, moi qui n’avais pas dans ma famille et mon très proche entourage de femme en détresse maternelle. Je lui parlais alors de cette chance qui me pesait presque par son injustice, de ma volonté désintéressée de faire un cadeau à une femme, à un couple. Elle m’a parlé d’âge limite, de traitement lourd, de choix à prendre en famille, de nécessité de considérée « ma » tribu comme « entière», des risques de mettre fin à toute possibilité de grossesse future.
Je me rappelle ce sentiment curieux que j’avais eu alors. Cette femme qui me mettait tellement en garde, cherchait à me décourager, qui refusait ce don que je lui offrais et que je croyais si précieux.
Je me suis dit alors que si troisième bébé, il devait y avoir, il serait de nous, en moi.

Après les deux ans de Jalane, le désir d’une nouvelle grossesse a grandi, progressivement, mais avec assurance. Les incertitudes professionnelles, les doutes existentiels, les craintes en l’avenir, plutôt que de me dissuader, ont eu au contraire l’effet de me convaincre plus encore que la seule vérité était dans la famille, dans une famille complète - moi qui sentais un manque, comme une troisième personne en attente de devenir.
De l'idée à l’acte, la rapidité a été telle que notre couple a voulu y voir un signe.
Le destin, une fois encore se jouait de nous, lui aussi nous envisageait à la tête d’une grande famille.

A vivre cette grossesse avec les filles, je sais ce qu’il m’avait manqué auparavant. Leur tendresse particulière vis-à-vis d’une maman génitrice. Cette attente vécu en famille. Elles caressent mon ventre, parlent déjà de leur petite sœur avec tendresse, disent « notre », « le bébé de maman », s’inquiètent de ma santé, de la sienne, me couvent - inversant presque les rôles parfois. Et rien que pour cette tendresse inédite, je sais qu’il fallait cette troisième petite fille.
J’ai trié, lavé les vêtements de bébé, je succomberai, je sais à quelques acquisitions impulsives bien que non essentielles. La chambre de la petite dernière prend forme, même si je ne suis pas pressée qu’elle quitte mon ventre. J’entrevois déjà en rêve, le bonheur des câlins peau à peau, des tétées goulues, les baisers donnés et reçus par un papa touchant, par deux grandes sœurs attentives.

La rue des mirabelles est calme à cette heure matinale (5h30), mais gigote en moi ma petite demoiselle de novembre.
Reste bien au chaud encore mon ange, ta vie sera longue, tu peux te permettre et m’offrir quelques 9 mois et plus dans ma chaleur matricielle.

 

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