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14 Sep

Dieu, vide et haricots

 - Catégories :  #mot du jour

Tandis que certains devaient s’apprêter pour la messe, que mon amoureux prenait un bain, que les filles chahutaient dans la bibliothèque, je préparais des haricots du maraîcher en écoutant une radio laïque, France Inter. Un philosophe de haut vol y traitait de croyance, de vide et de big-bang autant de références entrecroisées, liées à l’actualité de cette semaine. J’écoutais tout d’abord d’une oreille discrète, l’avantage de la radio sur la télévision, un bruit de fond que l’on peut faire le choix d’ignorer ou d’entendre, puis mon attention a été happée par quelques mots, quelques phrases. Je notais dans un calepin, les remarques, au vol.
La notion de vide est intimement liée à la notion d'être.
Le vide est l'absence dematière, l'absence d'être. Parménide disait « l'être est, le non-être n'est pas » ; le vide était pour lui un non-être, et ne pouvait donc exister. Leuccipe  et Démocrite, contre Parménide, admirent l'existence du vide et en firent avec l'atome le principe de toute chose ; le vide, lieu dépourvu de matière est inséparable de l'être. S’interroger sur le vide, sur le degré « zéro », c’est s’interroger sur la genèse du monde, s’interroger sur sa création propre.
Tout savoir c’est être mort. La connaissance ultime c’est le pécher originel.
Dieu a inventé le doute pour que nous puissions douter de lui.


Je coupais mes haricots, je les regardais vert tendre et fins dans le grand saladier blanc et j’entendais les filles rire aux éclats.
Pas de vide apparent dans notre maison, pas même dans mon ventre ou pour la troisième fois, je sens naître en moi la vie, une vie mouvante.
Et si l’accélérateur de molécules avait bien ouvert le trou noir redouté par certains.
Si nous n’étions plus, sans le savoir ?
Je me souviens de mes séjours répétés à St Palais chez les franciscains et cette sensation, que j’avais, dès lors que je franchissais la porte du cloître, qu’il existait en ces lieux une forme de plénitude. Je ne me sentais jamais seule, même dans l’isolement de ma petite chambre silencieuse. Il n’y avait pourtant que vide apparent autour de moi. Etait-ce le fait de se retrouver toujours en nombre autour de la table du repas ? D’imaginer que dans chaque couloir, à tout moment pouvait surgir une robe brune de moine ? Et cette phrase d’accueil, dont je me souviendrai toujours, le sourire de Jean-José quand il m’a accueilli la toute première fois : « nous t’attendions ».
J’avais choisi cette retraite en Pays Basque pour oublier la foule de France 98, pour revenir à l’essentiel après ce trop plein… de vide.
Je suis revenue ensuite, été comme hiver, accueillie en amie. Je discutais avec Jean-José de foi, de croyance, de vide, de vie. Il me savait laïque, n’a jamais cherché à m’amener à Dieu. Curieusement, tous les deux, nous croyons en un Etre ultime, même s’Il n’est pas le même.
Comme lui, je redoute plus le vide, que la finitude. Le vide d’une vie qui n’aurait servi à rien, à personne. Le trou noir qui me ferait oublier de tous ceux que j’aime et qui m’engloutirait une fois morte.

 

« Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort. » Extrait du discours de Nicolas Sarkozy au Pape Benoît XVI, 20 décembre 2007

Peux m’importe de savoir ce qui ce passera après la mort, pour MOI, après MA mort.
Mais l’idée même de ne plus être là pour les filles, de ne plus les serrer dans mes bras, d’entendre leurs petites voix ; l’idée de finir seule dans cette maison si souvent pleine de vie…
Le vide du corps, n’est rien par rapport au vide de l’âme.
Et pourtant, je redoute tout autant d’être remplacer au quotidien par une autre à leurs côtés. Je veux être la seule à leur glisser des « je t’aime » maternels au creux de l’oreille, la seule à panser leurs chagrins, à leur faire découvrir les valeurs de la vie…

« Ce matin, le seigneur des anneaux s’est ébranlé. Dans le tube à vide circulaire du Large Hadron Collider, le collisionneur de particules construit sous la frontière franco-suisse par le Cern (l’organisation européenne pour la recherche nucléaire), les premiers faisceaux de protons ont commencé à circuler, à la vitesse de la lumière. » Le Monde, mercredi 10 septembre 2008

Le soleil brille en ce matin dominical. Les haricots sont cuits, les filles viennent de partir à la boulangerie tenant la main de leur papa, nous prendrons cet après-midi la route pour Épinal Jalane attend avec impatience de voir son parrain.
Cléophée veut rouler, encore, dans « la grande voiture de maman ».
Je les regarde s'éoilgner, sur le trottoir, tous les trois, mon nombril se transforme en cratère de volcan et la vie bouge en moi.

Le trou noir peut attendre.

« La laïcité positive, la laïcité ouverte, c’est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect. » Extrait du discours de Nicolas Sarkozy au Pape Benoît XVI, 13 septembre 2008

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