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21 Aug

explosion de saveurs à la table de Marcon

 - Catégories :  #mot du jour

La route. Elle file sinueuse à plaisir, traversant forêts denses et valons verdoyants. Le ciel est bleu pâle, en cette fin de journée lumineuse.

Nous avons quitté la maison à 20h, la belle demeure noble sur son piton, nous attend à 20h30.

Nous ne sommes pas les premiers, une petite troupe regarde le soleil qui baisse à l’horizon dans une harmonie de roses et de rouges.

Un peu intimidés, nous franchissons la belle porte de bois brut, qui ouvre sur un petit salon tout en baies vitrées qui donne sur un paysage sauvage de fleurs des champs blanches, jaunes et mauves.

On nous a gentiment prié de patienter.

Nous prenons place dans un canapé cuir et bois, observant avec minutie le cadre.

Une palissade de longues planches irrégulières de bois brut nous sépare des nouveaux arrivants.

La cheminée toute en transparence, elle aussi est cernée de bois aux couleurs chaudes et naturelles.

Le sol est de pierre.

Organisateurs, chef et hôtes s’entremêlent dans un balai presque aérien. Nous attendons un geste, un mot.

Il est l’heure. Les places sont libres.

Au bout d’un long couloir tout en boiseries, aux lampes murales camouflées derrières des branches - comme si nous évoluions dans un arbre même, ses branches nous protégeant - nous arrivons dans la grande salle du repas. Un long plancher composé de larges lattes sombres mène aux baies vitrées, qu’une rivière de cailloux gris et micas, sépare d’un paysage vertigineux.

Nous sommes à la proue d’un navire terrien, courbes, vallons et crêtes s’offrent à notre vue, au-delà d’un parterre de gaminés sauvages et de jeunes fleurs éphémères.

Nous slalomons de table en table pour faire le choix de celle qui sera notre.

Celle-ci, neufs convives, dont des organisateurs. Nous prenons place, bientôt rejoints par deux autres couples, des enseignants, un duo de lyonnais. Chacun s’extasie, pause les questions d’usage - C’est la première fois que vous venez ? Vous avez déjà participé aux Lectures sous l’arbre ? Vous avez connu comment ?… L’ambiance est gentiment conviviale, sans démonstration excessive, les tenues sont correctes mais sans ostentation ; le public est là pour la table comme pour la littérature, le naturel est de rigueur et le restaurant lui-même incarne toute l’atmosphère de cette soirée peu ordinaire.

Sur nos assiettes magnifiquement peintes aux couleurs de l’été - nous avons vu en entrant, en vitrine, les versions printemps, automne et hiver - un carton de papier crème épais à la mise en page sobre et subtile : Lectures sous l’arbre, Dîner d’ouverture, Mercredi 20 août 2008, Restaurant Régis et Jacques Marcon.

Nous y sommes. Nous connaissions la Coulemelle, maison mère blottie dans le village, nous découvrons le deux étoiles au Michelin,18/20 pour Gault & Millau.

La ronde des plats et des saveurs va commencer et avec elle, tout doucement à l’horizon le paysage s’assombrir, tandis qu’au plafond clignotent 1500 minuscules étoiles blanches et scintillantes.

Les plats sont pausés en synchronisation par autant de serveurs qu’il y a de convive par table.

Bouchée de Sarassou aux petits légumes croquants, filet de truite fario mariné à l’huile de noisettes, carpaccio de bœuf au guacamol, œuf de caille poché sur lit de légumes effilés, cornet de mousse de cèpes. « Simples » amuse bouche qui pétillent au palais, enchantent les papilles. La tablée est déjà comblée. Le repas pourrait s‘arrêter là, la béatitude ne quitterait pas pour autant les visages.

Mais bientôt velouté de champignons, dans sa dînette aux couleurs de la maison. C’est toute la forêt qui entre en bouche avec douceur. La tuile aux noisettes et olives noires ajoute le croquant.

Mais nous n’en sommes qu’au début… au prologue.

Dans une grande assiette blanche, en rangs bien serrés une compte de légumes d’été, quinoa aux herbes odorantes et fins filets de saumon fumé. Chaque parfum joue sa carte et se mêle avec harmonie avec les verts, les rouges, les salés et sucrés.

Chacun savoure tout d’abord en silence, puis n’y tenant plus partage avec son proche voisin et enfin avec la tablée ses sensations et son plaisir. Je sens mon amoureux aux anges et que dire de la petite gastronome qui par ses cabrioles multiples dans mon ventre semble déjà affirmer son goût pour les bonnes choses !

Gardant encore en bouche les parfums de l’entrée, s’offre à nous un paleron de boeuf aux chanterelles jaunes et son fricot de jeunes légumes. Je cède, bien malgré moi, la belle viande au fumet caressant à mon beau gourmand, mais non sans une bouchée supplémentaire de jolies et fines petites girolles fondant sous la langue. Les haricots sont al dente et les petites carottes confites et comme mijotées sur un poêle d’autrefois, la journée durant, gardant pour autant saveur et parfum du potager familial.

Corps et âmes rassasiés, les visages sont paisibles et les langues se sont déliées sous l’effet conjoint du Côte du Rhône et de tant de bonheur à savourer.

Un comédien se joint à nous, ajoutant à nos sens en éveil, la lecture d’un texte de Anna de Noailles.

Après « la montage », « le plateau », une trilogie de fromages de terroir étonnants proposés avec un choix de pains « maison » lentilles, céréales et campagne. Le sorbet au fromage de chèvres et sa feuille de céleris croquant surprend les papilles par sa fraîcheur subtile et sa saveur affirmée, le toast de fourme sur poire pochée ajoute le sucré-salé et un petit triangle de fromage frais aux herbes finement ciselées invite à finir en douceur.

Enfin, la forêt s’invite à table avec des belles myrtilles posées sur un lit crémeux de pistache, et sur lesquelles fond avec gourmandise un sorbet doux au fromage blanc et à la verveine. Une subtile pâte sablée vient cerner la gourmande proposition.

Mais comme il ne suffisait pas d’en rester là, le café s’annonce avec un plateau de fines petites réductions aux parfums de citrons, myrtilles, fraises, framboises… mais aussi des chocolats blancs au cœur de sorbet de pomme et des fines tuiles en forme de jolis cèpes.

La ronde est finie. Le palais explose encore de mille parfums. Minuit sonne à l’horloge mais au douzième coup nous sommes toujours là, la magie opère encore.

Pourtant les tables se vident progressivement. Nous nous levons de même, saluant, remerciant, félicitant.

Un long tunnel de lumière nous mène aux voitures.

Sur la jolie départementale, sous une lune presque pleine, nous nous remémorons les saveurs et la parfums, conscients de notre privilège… les vacances touchent à leur fin mais avec quel brio !

www.regismarcon.fr

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