comme un roc...
Il faudrait toujours sourire, toujours être à la hauteur, toujours être parfaite… bonne mère, bonne fille, bonne femme, bonne copine… et puis il y a des matins, on aimerait plutôt
être abonnée absente, sous la couette, sur une île déserte, marmotte hibernatus en attendant que le soleil revienne et qu’il réchauffe le cœur.
Les états d’âmes ne devraient pas durer, juste le temps de tomber bien bas, pour prendre appui, retrouver son ressort et rebondir d’un jet à la surface. Je faisais cela petite, dans les vagues océanes, je me laissais descendre comme une pierre, et d’une flexion rapide des genoux je bondissais hors de l’eau, poumons ouverts et mine réjouie.
Mais le temps passe, on s’interdit beaucoup ou on n’ose moins. Le besoin d’air, le besoin d’espace, on l’étouffe, pour rester dans le
rang, pour ne pas faire de vague, pour être conforme à l’image que les autres ont de vous. On retient son souffle jusqu’à l’asphyxie, on prend sur soi, on se coule dans le courant et on attend.

Besoin de vacances peut-être, manque de fer, manque de sommeil, manque de mes filles, peur de tout. Le roc a ses failles.
Mais dans une heure, ce soir, demain…
je redeviendrai granit, le noir du mica sera noyé dans les couleurs et la transparence du quartz.
Comme lui, forte, inaltérable.