J’apprenais cette semaine que Catherine pourrait, sur un simple saut d’humeur d’un praticien renommé, se voir refusé l’accès du plateau technique de Claude Bernard. Ainsi, alors
qu’elles ne sont déjà pas si nombreuses à offrir le choix aux mamans d’un accouchement naturel sans péridurale, sans médicalisation, mais en toute sécurité, voici que Catherine devrait laisser la
place.
Revenir à l’essentiel, avoir le choix, suivre son instinct naturel, mettre le progrès à notre service, non en devenir l’esclave…
C’est en substance le message de Nicolas Hulot, dans « Le syndrome du Titanic ».
Allons nous réellement tête baissée, droit dans le mur ?
« Moi aussi, je suis un enfant de cette société de consommation. Je ne suis pas né écologiste. Je le suis devenu. »
Où est le progrès quand tout est marchandise ?
« Je croyais à l’opulence, et pour finir je découvre la rareté. »
Nicolas Hulot ne donne pas de solution magique. Il nous confie ses doutes. Mais curieusement, les images ne m’ont pas bouleversé j’ai vu ce que je savais être, un monde déboussolé, en mal de
repère, où chacun vit comme il le veut ou comme il peut, sans cohérence, sans harmonie, sans fraternité.
Un monde où les plus forts prennent une grosse part du gâteau sans même s’interroger si quelques autres en espèrent une miette.
« J’ai peur ».
« Le modèle économique dominant n’est plus la solution, mais bien le problème.»
On peut en effet s’interroger à la vue d’une horde de touristes occidentaux appareils photos au niveau du visage, regardant comme au zoo, une tribu namibienne, femmes aux seins nus et enfants
harcelés par les mouches ou encore ces jeunes noires en tenues traditionnelles, presque dénudées, circulant chariot en main dans un supermarché, achetant des fruits en barquettes !
Où est le progrès ?
Où sont les repères ?
La nature belle et sereine a disparu de l’écran. On est bien loin de « Home ».
« La maison brûle. »
Nous aurions donc à ce point perdu tout sens commun ?
Je veux croire qu’il est encore temps, comme le suggère Nicolas Hulot, non pas juste d’éviter le pire, mais radicalement de changer de cap.
Rien n'évoluera sans la volonté des grands de ce monde qu’ils soient chefs d’états ou PDG de multinationales - et là on peut craindre le pire en effet, à moins que cette crise économique soit
finalement un bien, la nécessité d’une prise de conscience collective.
Depuis quelques années, il est question de résistance citoyenne. Et si la solution au fond était là, dans l’enveloppe que nous glissons dans l’urne, dans nos gestes quotidiens, dans notre façon
d’éduquer la nouvelle génération.
Revenir à l’essentiel. Cesser de croire que le bien-être est dans la consommation, qu’il est indispensable de disposer d’un écran plat, d’un Iphone, que le bonheur de nos enfants passe par
Disneyland et Mac Donald, qu’acheter en ligne est le sommet du progrès, que partir en vacances au soleil à quelques heures d’avion est une nécessité vitale, que l’eau doit venir au désert, que
l’homme est tout puissant.
Je me souviens, petite, du slogan « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. »
80% des richesses naturelles profitent à 20% de la population. Et ce n’est pas la fonte des pôles, les typhons et autres tsunamis à répétitions qui vont changer la donne, bien au contraire. Cette
immigration clandestine qui nous fait déjà si peur et qui nous pousse à construire de frontières physiques et plus encore des murs de haine dans nos têtes, n’est qu’un début. Que fera-t-on quand
des pays entiers chassés de leur territoire par une nature incontrôlable viendront grossir le rang des miséreux et des crèves la faim qu’on refuse déjà de voir ?
A défaut de croire en Dieu, je veux croire en l’Homme. Mais faudrait-il encore que ceux qui en ont le pouvoir économique et culturel agissent et prennent en compte une planète entière et non leur
seul carré VIP.
Il ne suffira pas que nous achetions chaque mercredi nos fruits et légumes de saison à notre maraîcher de quartier, que nous cessions de consommer des produits venus du bout du monde, de trier
nos déchets, que nous expliquions à nos filles que le Père Noël désormais n’apportera que l’essentiel et uniquement ce qui ne « fait pas mal à la terre », que nous refusions le poids du
groupe au profit d‘une résistance citoyenne en faisant les choix qui répondent à notre instinct non aux dictats de la mode et de la pression sociale.
Nous ne sommes qu’une goutte d’eau. Et nous n’étions que cinq hier dans la salle à visionner le film de Nicolas Hulot.
Je veux croire et espérer.
J’ai eu la chance de grandir dans une nature presque intacte, d’apprendre à nager dans l’océan, en rivière, de manger des fruits cultivés en pleine terre, de connaître le frisson de la neige en
hiver, la chaleur du soleil au mois d’août ; j’ai grandi dans l’espoir d’un « espace ouvert, l’esprit aussi ».
Je veux offrir cette même vie, ces mêmes choix à mes filles.
Elles savent déjà tout à la fois ce qu’est une DS, Dora, Kitty, Disney, mais elles savent surtout le goût acidulé de la pomme tout juste coupée et disposée en forme de fleur sur la pâte, elles
peuvent distinguer choux de Bruxelles, tomates cœur de bœuf et céleri, elles ne s’endorment jamais sans avoir écouté l’histoire lu dans un livre puisé dans la bibliodiversité de leur
bibliothèque…
Mais cela suffira-t-il ?
Auront-elles le choix, encore ?
« On a pu construire des routes en plein désert. On a pu rapprocher les hommes. »
« Comment se résigner quand on voit que le superflu des uns est sans limite alors que l’essentiel des autres n’est même pas satisfait. On ne doit rien admettre de tout ça car c’est tout
simplement inadmissible. »
« Je dois avancer pas à pas vers plus de cohérence. Jusqu’où suis-je prêt vraiment à aller dans le choix, dans le renoncement ? »